Critiques.

Caroline Canault
Journaliste Lifestyle, LesEchos.fr
Steeves James Brown, l’œuvre caméléon. La peinture lumineuse de Steeves James Brown cultive l’art de la double visibilité et de la surprise visuelle. Steeves James Brown mêle ce qui ne devrait pas se rencontrer ; l’expressionnisme et l’abstrait. Les deux “tendances” se développent selon deux voies complémentaires. L’une instantanée, saisissante se situe au centre ; c’est une figure, généralement sensuelle, réalisée au pinceau. Elle procure une dimension physique, immédiate. L’autre est plus mentale, plus lente ; c’est un halo progressif exécuté au couteau qui se déconstruit par touches successives. La figure englobée par les volutes diffuses laisse place à ce qui l’entoure. L’artiste prend soin d’évacuer le signe pour alimenter la dimension abstraite. Comme une fuite hors du réel, l’image incarnée se dissout. Sa dé-construction spontanée et ses incidents sont porteurs de sens. Dans la dernière série de l’artiste, les nuées abstraites envahissent la totalité de la toile. Ce glissement de l’expression vers l’abstrait est un nouveau pallier.

“ Je ne suis pas encore dans l’abstrait véritable. J’ai encore des lignes, du contenu. Un contenu retenu par ses courbes. L’abstrait est une démarche graphique et intellectuelle, très puissante que je finirais peut-être par atteindre.”
Derrière l’intention abstraite, la technique n’en est pas moins concrète, matérielle. Avec une lampe frontale dans le noir, Steeves James Brown utilise d’abord le bleu, le rouge, le jaune… Des couleurs vives, non réactives à la lampe noire. Puis les peintures réactives, phosphorescentes, fluorescentes, également thermo et photo chromiques, paramagnétique ou lithosphérique viennent s’enchevêtrer sur la toile. Certaines disparaissent, deviennent invisibles dans l’obscurité ou à une température précise. Vivantes et mutantes, les représentations nocturnes deviennent d’autres incarnations diurnes. “Après mon immersion dans le noir, j’aime peindre en public pour créer l’histoire. J’écoute les chuchotements, les bruits environnants, j’essaye de capter l’émotion des personnes qui me regardent, l’ambiance du lieu où je suis.” 

Les couches, mémoires d’un instant, d’une étape, d’une joie se superposent, interagissent et forgent l’histoire. Le procédé performatif produit un spectacle chromatique éblouissant. Une perspective secrète, la création d’un espace nuancé intégré dans la profondeur.
La recherche de Steeves James Brown, axée sur la poly-visibilité, souligne la prédominance de la lumière et de sa puissance rayonnante. La lumière avec le noir, son complice intime, révèle le sens. Elle sépare, distingue, hiérarchise. Avec les variations de luminosité, l’artiste détourne l’académisme pour perturber les fonctions habituelles de la peinture. Son démarquage plastique ébranle juste ce qu’il faut, laissant surgir la surprise picturale. La peinture caméléon de Steeves James Brown repose sur la révélation, l’hallucination, l’illusion, et l’inattendu. C’est un aller-retour permanent sur les effets du même qui ne sera jamais le même.